Le Maroc et l’intégration économique arabe
Le Maroc et l’intégration économique arabe
AL ASAS : Sur le plan de l’intégration économique et commerciale arabe, où en sont, dans les faits, les efforts du secteur privé arabe ?
Najem ABAAKIL : Au niveau arabe, il y a l’idée de la création d’un marché commun arabe, mais pour l’instant, j’estime que la coopération pour être efficace doit commencer aux niveaux bilatéral ou régional.
Quant au secteur privé arabe, il est légitime de rappeler que beaucoup d’hommes d’affaires ignoraient tout des possibilités d’investissement dans les pays arabes, car les contacts entre investisseurs étaient rares. Cependant, nous avons constaté depuis un certain temps que des rencontres plus fréquentes entre les hommes d’affaires de ces pays leur ont permis de s’intéresser sérieusement à l’investissement dans les pays arabes, pour au moins deux raisons, en dehors de la réalisation des profits : l’emprise du nationalisme arabe, et un certain dépaysement ressenti par les Arabes dans les pays occidentaux.
AL ASAS : Le Maroc traverse une crise économique, financière et sociale. Quelles en sont à votre avis les principales causes ?
Najem ABAAKIL : Les difficultés que traverse notre pays ont des causes connues de tous, à savoir les répercussions de la crise économique que connaît le monde occidental, la sécheresse qui s’est abattue sur notre pays trois années consécutives, et la guerre qui nous est imposée dans notre Sahara.
Cependant, le Maroc pourra aisément surmonter ces difficultés en exploitant plus judicieusement ses potentialités dont on peut citer à titre d’exemple: la richesse naturelle et minière importante mais insuffisamment exploitée ; nos richesses halieutiques ne sont exploitées que d’une manière artisanale ou insuffisante par nos nationaux du fait d’une surcharge abusive et d’une surexploitation de nos eaux territoriales de la part des flottes étrangères; alors que le tourisme chez nos voisins méditerranéens assure au budget de l’Etat des recettes appréciables, chez nous ce secteur ne participe qu’insuffisamment à l’équilibre de notre balance de paiement, et ce malgré la diversité de nos sites touristiques et la richesse de notre patrimoine historique. Dans le domaine de l’agriculture qui souffre actuellement d’un déficit alimentaire, notre pays offre d’énormes potentialités que lui envient bien d’autres pays, et qui offrent aux Investisseurs de très larges possibilités d’investissement.
A ces potentialités, il faut en ajouter une autre qui passe souvent inaperçue dans les analyses, à savoir l’élément humain de grande valeur dont dispose notre pays et qu’il convient de mobiliser judicieusement dans le cadre d’une politique économique basée essentiellement sur la productivité, la rentabilité, et l’intérêt national.
AL ASAS : Certains attribuent au secteur privé une part importante de responsabilité dans la crise qui s’abat sur notre pays. Qu’en pensez-vous?
Najem ABAAKIL : En comparant les deux secteurs, j’estime que l’apport du secteur privé dépasse de loin celui du secteur public en matière de réalisations économiques. Cependant l’Administration doit pouvoir mieux coordonner les deux secteurs afin d’atteindre un apport global plus important. J’estime en toute responsabilité que le secteur privé n’a jamais été défaillant, malgré les lourdes charges et notamment fiscales qu’il supporte. Le secteur privé a dignement rempli sa mission, et nous pouvons le prouver à travers l’examen des réalisations de tous les plans de développement du pays depuis l’indépendance.