L’enseignement supérieur
L’enseignement supérieur
Le Syndicat National de l’Enseignement Supérieur vient de tenir à la Faculté des Sciences de l’éducation son troisième Congrès, les 25 – 26 et 27 Novembre, sous le thème « La mobilisation pour une gestion démocratique véritable des Établissements d’Enseignement Supérieur ».
Cette importante manifestation a donné lieu à de nombreuses réflexions et analyses sur le sort de l’Enseignement Supérieur au Maroc qui traverse, comme tout le monde sait, une crise dont il risque de se sortir difficilement s’il continue à emprunter les mêmes choix et les mêmes voies.
Dans son discours d’ouverture, le Secrétaire Général du Syndicat a mis l’accent sur un certain nombre de points dont notamment: la multiplication de « nouvelles Facultés » qui ne sont rien d’autre que des « Centres d’Enseignement supérieur » bien connus pour leur manque de moyens, tant humains que matériels ; la mise en sommeil des institutions chargées de la gestion des Universités prévues par le Dahir de 1975; l’introduction de nouvelles réformes sans aucune concertation préalable avec le corps enseignant; les atteintes répétées contre les enseignants-chercheurs ; l’insuffisance de l’encadrement humain et matériel; l’annulation des postes budgétaires au moment où le nombre d’étudiants ne cesse de croitre ; futilisation abusive des assujettis au service civil dans le domaine de l’encadrement, au lieu de les intégrer parmi les enseignants chercheurs; l’insistance de la Banque Mondiale en 1983 sur la diminution des dépenses allouées à l’enseignement, vise à un enseignement de classe, à fermer l’Université à la face des bacheliers et à saboter la recherche scientifique ; la diminution du montant de la bourse et des salaires des étudiants-professeurs; l’abandon de la gratuité de l’enseignement; le gaspillage des deniers du Trésor dans la création d’emplois, comme ceux des vigiles dont l’Université n’a aucunement besoin, s’accompagne de restrictions draconiennes concernant la création de postes budgétaires pour le recrutement de cadres dont l’Université a, par contre, besoin ; l’interdiction pour les fonctionnaires de suivre une formation universitaire ; la non-satisfaction des revendications légitimes du corps enseignant en vue d’améliorer ses conditions de vie devenues précaires à cause de la régression de son pouvoir d’achat ; l’idée de permettre au secteur privé de jouer un rôle dans l’enseignement supérieur, ne fera que renforcer le principe de classe, etc.
Ces remarques et d’autres encore, démontrent la portée de la crise où se débat l’Enseignement Supérieur, crise rendue intolérable par l’absence de tout dialogue constructif entre le Ministère de l’Education Nationale et le corps enseignant. La volonté du Département de tutelle de marginaliser l’Université en y administrant des réformes arbitraires et incohérentes, ne peut que déboucher sur la mort de l’activité universitaire dans notre pays. La gravité de cette volonté se mesure à l’absence totale de toute réforme positive du contenu proprement dit de l’enseignement. Contenu largement reconnu inadéquat aux exigences actuelles de notre développement économique et social. Il suffit, pour s’en convaincre, de voir ces milliers de licenciés en chômage qui ne trouvent aucun preneur sur un marché du travail déjà chancelant.
La réforme de l’Enseignement Supérieur est à l’heure actuelle une question prioritaire si l’on veut éviter de faire sombrer notre Université dans la désagrégation et la déconfiture qui campent à ses portes. Mais cette réforme ne pourra être crédible que si le corps universitaire est intimement lié à son élaboration et à son exécution. Les technocrates … du M.E.N., ainsi que leurs acolytes de la Banque Mondiale, n’ont aucune stature légitime pour imposer à un peuple, en quête de développement, un enseignement au rabais, fabriqué dans les fours de l’impérialisme et du néocolonialisme.
De l’importance accordée à la formation dans nos Universités dépendra le devenir socio-historique de notre pays. La médiocrité ne mène qu’à la médiocrité. Allons-nous rester éternellement médiocres?